Ce que promettent les appareils à ultrasons

Les boîtiers à ultrasons sont vendus comme une solution simple et invisible : on les branche ou on les fixe, et ils émettent des sons trop aigus pour l’oreille humaine, censés être insupportables pour les oiseaux.

L’argument séduit, car il évite toute installation sur la façade. Il repose pourtant sur une hypothèse fragile, selon laquelle les pigeons perçoivent ces fréquences et les trouvent assez gênantes pour quitter un lieu qui leur convient à tous les autres égards.

Ce que montre la recherche

Peu de travaux scientifiques ont évalué ces appareils sur les pigeons. L’un d’eux, publié en 2014 dans le Journal of Pest Science, apporte une réponse nette.

Susanne Jenni-Eiermann, Dominik Heynen et Michael Schaub ont étudié l’effet d’un dispositif à ultrasons sur le comportement des pigeons et sur leur taux de corticostérone, une hormone liée au stress. Les tests réalisés sur des pigeons en cage n’ont montré aucun effet sur le comportement ni sur l’hormone de stress. Sur des pigeons en liberté, l’appareil n’a eu aucun effet dissuasif.

Les auteurs concluent sans ambiguïté que les ultrasons ne dissuadent pas les pigeons féraux. L’étude porte sur un appareil donné et ne compare pas les autres méthodes, mais son résultat suffit à inviter à la prudence face aux promesses commerciales.

Les ultrasons anti-pigeons professionnels font-ils mieux ?

Beaucoup de boîtiers sont proposés en version dite professionnelle, plus puissante ou censée couvrir une plus grande surface. L’étude de 2014 a testé un appareil précis, mais sa conclusion porte sur le principe lui-même, puisque ses auteurs écrivent que les ultrasons ne dissuadent pas les pigeons féraux. Aucune des sources que nous avons consultées ne présente d’essai publié dans lequel un modèle plus puissant obtiendrait un autre résultat sur des pigeons.

La mention professionnelle décrit donc l’appareil, pas son effet sur les oiseaux. Avant d’acheter, demandez au vendeur sur quelle étude repose l’efficacité annoncée, sur quelle espèce et dans quelles conditions elle a été mesurée. Une réponse qui se limite à des avis d’acheteurs ou à des résultats observés les premiers jours ne permet pas de conclure.

Et les autres répulsifs ?

Les ultrasons ne sont qu’une catégorie de répulsifs parmi d’autres. Les dispositifs visuels, sonores audibles ou tactiles présentent eux aussi des limites qu’il vaut mieux connaître avant d’acheter.

Les répulsifs visuels

Les leurres en forme de rapace, les ballons à yeux et les objets réfléchissants peuvent surprendre les pigeons. Ces objets ne représentent toutefois aucun danger réel, et les oiseaux finissent souvent par s’y habituer, surtout lorsqu’ils restent immobiles au même endroit.

L’effarouchement sonore et humain

Les cris de détresse diffusés par haut-parleur ou la présence humaine régulière peuvent déranger les pigeons. Ces méthodes demandent une répétition constante et peuvent gêner le voisinage. Elles servent plutôt à accompagner d’autres mesures qu’à protéger un bâtiment à elles seules.

Les gels et pâtes répulsives

Ces produits rendent une surface désagréable au contact. Ils demandent de l’entretien, car la poussière et les intempéries réduisent leur action, et ils peuvent salir les façades. On les réserve donc à des usages ponctuels.

Deux chercheurs de l’université de Bâle ont testé deux gels sur une colonie d’environ 85 pigeons, dans une étude publiée en 2014 dans la revue Animals. Avec le gel de contact, les approches ont fortement diminué dès la première semaine, puis le temps passé sur les surfaces traitées est reparti à la hausse, signe d’une habituation. Avec le gel dit optique, des pigeons continuaient de se poser sur les surfaces traitées, certains restant plusieurs secondes dans le produit.

Les auteurs relèvent aussi que le gel collant s’étirait en filaments, s’étalait sur les murs et les nids et retenait plumes et insectes, avec un risque d’engluer le plumage des pigeons comme d’autres oiseaux. Ils concluent que ces gels n’atteignent pas l’efficacité totale annoncée par les fabricants et ne les recommandent pas pour gérer les pigeons en ville.

Effaroucheur pour pigeons, de quoi parle-t-on ?

Le mot effaroucheur regroupe tous les dispositifs qui cherchent à faire peur, du faux rapace au ballon à yeux, du haut-parleur qui diffuse des cris de détresse au boîtier à ultrasons. Ils reposent tous sur le même ressort, la peur d’un danger, et se heurtent donc à la même limite lorsque l’oiseau comprend que ce danger n’existe pas. La ville de Strasbourg cite les répulsifs sonores et visuels parmi les mesures possibles, tout en rappelant que les méthodes répulsives traditionnelles déplacent le problème sans le régler.

Répulsif pigeon efficace ou non : comment en juger avant d’acheter

Chaque répulsif arrive avec sa promesse, et les avis d’acheteurs se contredisent. Quelques questions simples, tirées des études citées plus haut, aident à faire le tri avant de dépenser.

Les questions à poser au vendeur

  • L’efficacité annoncée a-t-elle été mesurée sur des pigeons, et non sur d’autres oiseaux ?
  • La mesure a-t-elle duré plusieurs semaines, au-delà des premiers jours où tout changement surprend les oiseaux ?
  • Les pigeons testés vivaient-ils en liberté, avec un abri et de la nourriture à proximité, comme sur votre bâtiment ?
  • Le résultat a-t-il été publié, ou repose-t-il seulement sur des témoignages ?

Ces questions ne sont pas théoriques. L’étude de 2014 sur les ultrasons a justement distingué les pigeons en cage et les pigeons en liberté, et celle de 2014 sur les gels a suivi les oiseaux pendant près d’un mois, ce qui a fait apparaître l’habituation après la première semaine. Un produit qui ne peut répondre à aucune de ces questions ne fournit pas d’élément pour juger de son effet.

Le piment et la capsaïcine

Plusieurs gels et sprays mettent en avant le piment, censé repousser les oiseaux grâce à la capsaïcine. L’étude bâloise publiée dans Animals a testé un gel de contact de ce type. Ses auteurs doutent que la molécule soit à l’origine de l’effet observé, car les oiseaux y sont peu sensibles, et l’attribuent plutôt à la méfiance des pigeons face à un élément nouveau et à l’inconfort de la texture. Pour les astuces maison à base d’odeurs ou d’épices, notre page pour se débarrasser des pigeons fait le point sur ce que l’on en sait.

Quel que soit le produit, sa limite reste la même. Une gêne passagère ne retire ni l’abri ni la nourriture qui ont attiré les pigeons, et un couple installé revient dès qu’elle s’estompe. Sur un balcon, notre guide pour faire fuir les pigeons d’un balcon montre dans quel ordre combiner rangement, nettoyage et protection.

Les protections dont l’effet tient dans la durée

Les protections qui donnent des résultats stables ont un point commun : elles agissent sur l’accès plutôt que sur la volonté des oiseaux.

Répulsifs et protections physiques
Type de dispositifPrincipeEffet dans la durée
UltrasonsSon inaudible pour l’hommeAucun effet dissuasif mesuré sur les pigeons (étude de 2014)
Répulsifs visuelsEffrayer par un leurre ou un refletHabituation fréquente
Gels répulsifsRendre la surface désagréableEffet limité et temporaire, habituation après une semaine (étude de 2014)
Produits au pimentGoût ou contact supposés repoussantsOiseaux peu sensibles à la capsaïcine (étude de 2014)
Pics et fils tendusSupprimer la surface de poseStable si la surface est entièrement couverte
FiletFermer un volumeStable si la pose et l’entretien sont corrects

Les chercheurs qui ont évalué les gels répulsifs aboutissent à la même conclusion, puisqu’ils jugent que les systèmes d’exclusion et les barrières mécaniques restent les plus fiables, en citant les filets et les pointes. Ils ajoutent que la solution de fond passe par la réduction de la nourriture disponible, ce que visent les règles décrites dans notre article sur l’interdiction de nourrir les pigeons.

Sur un rebord ou une corniche, des pics anti-pigeons ou des fils tendus suppriment la surface de pose. Dans un balcon, une cour ou sous une toiture, un filet anti-pigeon ferme l’accès. Notre comparatif filet ou pics anti-pigeons vous aide à choisir selon votre cas.

Que faire à la place des ultrasons anti-pigeons

Si vous n’avez pas encore acheté de boîtier, réservez plutôt ce budget à une protection qui empêche l’accès. Si un appareil est déjà installé et que les pigeons sont revenus au bout de quelques jours, ce retour n’a rien d’étonnant, car les oiseaux reprennent leurs habitudes dès qu’ils constatent qu’il ne présente aucun danger.

Regardez alors ce qu’ils font sur le bâtiment. S’ils se posent sur un rebord ou une corniche, des pics ou des fils tendus couvrant toute la surface leur retirent l’appui. S’ils nichent dans un balcon, une cour ou sous une toiture, un filet posé après nettoyage leur ferme l’accès. Si vous hésitez, une observation sur place repère les zones réellement fréquentées et le dispositif qui convient à chacune.

À retenir

  • Une étude publiée en 2014 n’a mesuré aucun effet dissuasif des ultrasons sur les pigeons.
  • Les répulsifs visuels perdent leur effet lorsque les pigeons s’y habituent.
  • Les gels répulsifs n’ont eu qu’un effet limité et temporaire, et les oiseaux sont peu sensibles au piment.
  • Les protections physiques (pics, fils, filet) agissent sur l’accès et donnent des résultats stables.

Ultrasons et répulsifs, les questions des lecteurs

L’étude de 2014 n’a mesuré aucune réaction comportementale ni hormonale des pigeons exposés à l’appareil testé. Quelle que soit leur perception, le dispositif ne les a pas fait fuir.